MENU

Suivez-nous

Et si Swagg Man était-il en réalité un précurseur ?

le 2 novembre 2017

Et si Swagg Man était-il en réalité un précurseur ?

Il y a un peu moins de dix ans, un étrange personnage est apparu sur le net. Excessivement riche, excessivement tatoué, son exubérance et son coté provoc’ a rapidement fait de lui une star made in internet… j’ai nommé Swagg Man. Sa principale activité ? Le rap. Très souvent moqué et décrié pour son absence de talent en la matière, on peut constater que sa formule de base (égotrip + autotune) est devenue l’une des normes dans le rap français de 2017. Et si – aussi absurde que cela puisse paraitre – Swagg Man avait-il été le précurseur de tout un mouvement ?

Un peu d’histoire

Sa première apparition, celle qui l’a fait connaître aux yeux du grand public, était sur le plateau de « La nuit nous appartient » diffusé sur NRJ 12 et présenté par Mustapha El Atrassi.

L’extrait, datant de 2010 (visionnable ici) nous montre un Swagg Man à la limite du sketch, exposant sa fortune et son swagg aux yeux de tous. Son personnage de jeune riche décomplexé ne tarde pas à se faire remarquer : la machine du buzz est lancée. Celui qui s’est fait connaître grâce à son skyblog (http://swagg-man.skyrock.com, aujourd’hui inactif) accumulent bientôt les millions de vues sur ses vidéos, autant de vues que de pouces rouges et de commentaires négatifs.

Une personne qui a du mal avec le concept de second degré

Décryptage 

« A ce qu’il paraît », est l’un des premiers sons de Swagg Man. Sur un sample du tube des 80’s, Sweet Dreams, Swagg Man aka Rayan Sanches déverse des paroles grivoises et burlesques, le tout enrobé d’autotune. Le morceau – publié en 2009 sur sa chaîne Youtube – ressemble à une version cheap des grosses productions américaines de l’époque.

« Bien que tiré par les cheveux, la comparaison avec PNL s’impose[…] »

L’autotune a été démocratisé aux USA par des gars comme T-pain ou encore Lil Wayne, et explosera à la sortie de 808s & Heartbreak, le quatrième album studio de Kanye, entièrement autotuné. Cependant, on a encore un peu de mal avec ce concept dans l’Hexagone. Booba aura réussi à l’utiliser par ci par là, notamment dans l’album 0.9 (Illégal,  R.A.S) paru fin 2008… Mais c’est tout. Avant 2010, peu oseront prendre le pari de l’autotune.

Au delà de l’aspect musicale novateur, Swagg Man c’est un personnage haut en couleurs construit de toutes pièces. Il a également été l’un des premiers à mélanger marketing sur les réseaux et rap, et à entretenir la culture du mystère (pas ou peu d’infos sur ses origines, sa famille, sa richesse…) Bien que tiré par les cheveux, la comparaison avec PNL s’impose, pas dans le fond mais dans la forme.

« Swagg Man, ce n’est que de la rigolade. Il faut le prendre comme ça. (…) Je suis vraiment dans le second degré. Je représente ce que les autres ne seront jamais. Mon rap, il est rigolo. »

Alors, pourquoi ça n’a pas marché ?

Tous simplement parce que ce n’était pas le but. Dans une interview accordée au magazine les Inrocks en 2014, Rayan Sanches explique « Swagg Man, ce n’est que de la rigolade. Il faut le prendre comme ça. […] Je suis vraiment dans le second degré. Je représente ce que les autres ne seront jamais. Mon rap, il est rigolo. »

Swagg Man était un troll du rap bien avant des types comme Lorenzo. Même si il avait toutes les clés en main pour percer de manière plus « sérieuse », ce n’était pas ce dont il avait envie « Mon délire, c’est de ne pas me prendre la tête. Mes textes ne sont pas développés de façon lyrique. Ça ne m’intéresse pas. Je suis là pour véhiculer un message : non à la prise de tête, et oui à l’oseille. » Merci Swagg Man.

Lydia Menez.