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Benjamin Epps : Retour vers le futur

le 25 juin 2021

Depuis fin 2020, la scène Hip-Hop se fait secouer par un nouvel outsider qui n’est clairement pas venu pour rigoler. Benjamin Epps après avoir sorti Kennedy en 2005 enchaîne depuis décembre 2020 les sorties insolentes avec des titres comme Zidane en 2006 il y a deux semaines ainsi que des collaborations avec Vladimir Cauchemar sur Blizzard ou Le chroniqueur sale pour son dernier EP Fantôme avec chauffeur. Le jeune rappeur de 25 ans débarque dans le rap français et entend bien « prendre la couronne » comme il le martèle dans son titre Goom !

« Booba a sorti l’dernier album, ça y est maint’nant, j’peux prendre le trône ».

Benjamin Epps – Notorious, Fantôme avec chauffeur (2021)

Son mood ?

Benjamin Epps est un artiste ambitieux. Il vient de loin, né à Libreville au Gabon, c’est en écoutant les cassettes ramenées par son frère de retour de France qu’il découvre le rap. C’est immédiatement le coup de foudre et il va rapidement commencer à kicker. Très vite, le caractère de battle MC va prendre le dessus et il va aller de collège en collège dans sa ville pour clasher les autres élèves. Cet esprit de compétition, même avec quinze ans de rap derrière lui, il l’a gardé. Il dégage une prodigieuse confiance en lui, dans le fait qu’il va réussir, qu’il va s’imposer dans la scène rap française. Et pour cela, il s’attaque directement au « haut du panier » pour reprendre ses mots en ouvrant par exemple son dernier EP sur « Booba a sorti l’dernier album, ça y est maint’nant, j’peux prendre le trône ».

Benjamin Epps a conscience de son talent et a confiance en son potentiel pour se démarquer dans le rap français, c’est pour cela qu’il tacle si bien ses « adversaires ». Car pour lui, le rap, c’est un sport. On se tacle, on se clash, mais lorsqu’on est plus derrière le micro, c’est bienveillant et sans embrouille ! Benjamin Epps respecte les rappeurs tels que Booba ou Nekfeu pour leur carrière, pour qui ils sont mais n’hésite pas à leur tirer dessus dans ses sons. C’est ainsi sur des instrus très « boom-bap » façon hip-hop à l’ancienne que le rappeur balance en rafales des punchlines cinglantes !

Benjamin Epps dans le clip de Zidane en 2006 par @camulojames

Ses inspis ?

Ça fait longtemps que Benjamin Epps est plongé dans l’univers hip-hop. Il a grandi avec son frère Cam, pionnier du rap Gabonais, avec le hip-hop français des années 90 (NTM, X-Men, Ärsenik), mais surtout avec le rap américain New-Yorkais (Biggie, Nas, Jay-Z) dont il revendique directement les influences dans sa musique. Dans sa track Goom on retrouve d’ailleurs, outre le rythme très nineties qui marque tout l’EP, des interjections comme « Dollar dollar bill, y’all », particulièrement caractéristiques de ce rap old-school.

Pochette de l’album Supreme NTM
Biggie par Barron Claiborne
Jay-Z par Anthony Behar
Booba par Daniel Wambach

Plus particulièrement, dans son interview par Medhi Maïdi, le jeune rappeur affiche son grand respect pour Booba : « Il représente le rêve de tous les rappeurs » en parlant de la longueur de sa carrière (20 ans) et de ses performances. Dans l’interview pour Grünt, il détaille la forte impression qu’il lui a fait lorsque le Duc est arrivé sur la scène rap française : « Quand c’est sorti, c’était au-dessus de tout ce qui pouvait se faire. C’était un Américain qui rappait en français. Il était proche de nous mais cainri quand même : torse nu, casquette baissée. C’était un peu notre 50 Cents ».

Benjamin Epps possède une très bonne connaissance du rap, de son histoire et des artistes qui l’ont fait. Il propose ainsi une musique particulièrement marquée par le hip-hop des origines qui font qu’il se démarque particulièrement bien dans le rap des années 2020, dont les productions très travaillées et les textes se ressemblent sensiblement.


Qu’est-ce qu’il apporte de nouveau ?

La question est clairement légitime, dans une industrie où les artistes n’ont jamais été aussi nombreux. La réponse est assez insolite puisqu’on pourrait y répondre simplement par : « presque rien ». Benjamin Epps, particulièrement influencé par le rap des années 90, propose une musique qui plaît aux puristes du rap, aux nostalgiques de NTM, Iam ou des premiers albums de Booba. Son style est extrêmement proche de l’esthétique « Boom-Bap », représentative du hip-hop des années 90. Cependant, Benjamin Epps ne se contente pas de recycler cette l’esthétique « originelle ». Le rap, en presque trente ans a évolué, avec de nouveaux rythmes, de nouvelles sonorités et le jeune rappeur ne se ferme pas à ces nouveautés. La mélodie de Goom par exemple est particulièrement moderne, avec ses notes aspirées et se démarque de celle des autres titres de l’EP Fantôme avec chauffeur avec leur piano sombre plus rap old-school dans Notorious ou leurs influences jazz (la trompette de Dieu bénisse les enfants par exemple).


Benjamin Epps, Notorious – Fantôme avec chauffeur, 2021

Outre son éloquence incroyable, Benjamin Epps est reconnaissable à sa voix singulièrement aiguë qui contraste avec la noirceur de ses propos comme « mon album va frapper plus fort que la ceinture de mon père ». Cette particularité ne le dérange pas puisqu’il confie à Juliette Saint Amaux pour Interlude que « on est dans un truc où tous les MC [Master of Ceremony ou Microphone Controller, renvoie aux autres rappeurs — NDLR] semblent rapper avec des voix hyper masculines, hyper graves et je trouve que ça dénote. Moi j’aime bien être différent ». Le rappeur a pleinement conscience de sa différence stylistique et l’exploite pleinement pour apporter un vent de renouveau sur le rap français !


Son ambition maintenant ?

La pochette de l’EP Fantôme avec chauffeur par @misterfifou

          Benjamin Epps n’est, selon nous qu’au tout début d’une grande ascension. Il le dit lui-même à Mehdi Maïzi « Je ne suis peut-être pas la meilleure version de moi-même maintenant ». Ce qui est certain, c’est que fort de déjà quinze ans de rap, d’une passion et d’une connaissance du milieu immenses, le jeune rappeur en a encore sous le coude pour continuer à réinventer le rap. Il est concentré dans son travail et aime à travailler à toutes les étapes de la chaîne (composition, enregistrement, mixage, mastering), ce qui garanti selon lui la qualité de son travail. Il tient également beaucoup à son indépendance puisqu’il n’y a « pas meilleur moyen de s’exprimer que quand on est libre de s’exprimer » selon ses mots.

L’artiste cherche maintenant à se produire en concert, à rencontrer son public qu’il a récemment sondé sur les réseaux pour déterminer les lieux de sa tournée. C’est la seule manière de solidifier sa communauté et de renforcer son influence selon lui !


Benjamin Epps est l’artiste qu’il va falloir suivre de près ces prochaines années. Il a un réel talent et un potentiel incroyable qui ne demandent qu’à s’exprimer. Souvent considéré comme « la révélation de l’année 2021 » il confie ne pas aimer cette appellation : « Je ne veux pas être la révélation, le nouveau ça ne m’intéresse pas ». Sa musique en est l’illustration parfaite : il fait du neuf avec de l’ancien et tout cela avec son cœur, pas pour plaire à un public mais pour plaire à lui avant tout. Le résultat permet tant aux jeunes qu’aux moins jeunes de découvrir ou redécouvrir les rythmes et sonorités des origines du rap. Son flow, sa musique et ses paroles ont tout pour nous rappeler nos premiers pas avec le Hip-hop, et rien que pour ça on lui dit Cimer !